Marcelo Gallardo
«Boca-River : plus qu’un match de foot »

© Nicolas Deltort
A bientôt 31 ans, l´ancien monégasque est encore un des joueurs les plus doués du championnat argentin. Même si le jeune français Gonzalo Higuaín le pousse de plus en plus souvent sur le banc des remplaçants comme lors du River-Boca de dimanche dernier. Ce match a vu River gagner avec panache face à son rival éternel (3-1). C’est l’occasion de revenir sur un entretien avec Gallardo, réalisé aux abords du stade Monumental à Buenos Aires pour le N°200 Spécial Argentine de ActuFoot06. A cette occasion, « Le Poupon » était revenu sur sa carrière en France, son amour pour le club de River Plate et son plaisir d’évoluer dans un environnement hors norme au niveau du supportérisme. Bonjour Marcelo. Peut on revenir sur ta carrière à Monaco, que t´en reste t´il ? Que des bons souvenirs de 4 années superbes, pas seulement au niveau footballistique mais aussi sur le plan humain. Ce fut une superbe expérience pour moi et ma femme. J´ai eu le plaisir d´y retourner l´an dernier et j´ai toujours des très bon amis là bas. Quel a été ton meilleur moment sur le terrain avec l´ASM ?
Sans hésitation ce fut le titre de champion qui restera pour toujours dans ma mémoire car c´était ma première année en europe. J´ai eu la possibilité de jouer dans une équipe de haut niveau, tout fut vraiment parfait cette année là. Sur l´ensemble des 3 ans, footballistiquement, cela a été positif.
Puis cela a été le retour à River Plate en 2003…
Après trois saisons à l’ASM, j´ai senti qu´un cycle était fini, que j´avais besoin de retrouver mon pays et, pour une question d´affectif, mon club de River où j´ai débuté et où tout le monde m´aime. Ce sont des sentiments qui n´ont pas de prix. On ne sait pas ce qui peut se passer demain alors il faut en profiter et aller là où l´on prend le maximum de plaisir. Mais cela ne me dérangerait pas du tout de revenir en France un jour, un pays qui m´a permis de progresser et d´apprendre beaucoup de choses à tous les niveaux. Au moins pour revoir les amis !
Il semble que le relationnel soit très important pour toi. Es-tu parti de Monaco à l’époque à cause de problèmes avec l´entraîneur d´alors, Didier Deschamps ?
Non pas du tout, je ne garde aucune rancœur vis à vis de personne. Je pense que c´était un choix pour le bien de l´équipe, même si je l´ai vécu comme une déroute car j´avais encore un an de contrat. J´avais alors la possibilité d´aller à Marseille quand les dirigeants sont venu me parler de leur intérêt mais quand l´opportunité de retourner à River s´est présenté j´ai tout fait pour revenir ici.
Parlant de Marseille, tu ne dois pas en garder un bon souvenir, c´est le problème de la bagarre dans le tunnel du Vélodrome qui empêcha ton transfert vers le club Phocéen ? Non, Monaco s´opposa à mon transfert. Mais c´est vrai que ce qui se passa ce jour là dans le tunnel est le pire moment de ma carrière. Quelque chose que je ne souhaite à personne de vivre dans sa vie.
Tu es donc revenu à River avec qui tu a gagné huit titres. Raconte nous un peu ce que cela fait de jouer pour La Banda Roja ?
Je suis "né"au club, c´était un rêve car c´est un grand d´Amérique du Sud et qui m´a donné la possibilité de jouer au premier plan et d´intégrer la sélection argentine. Jouer ici est quelque chose qui ne peut pas s´expliquer, le football argentin se vit avec une passion énorme à tous les niveaux. Il est impossible d´expliquer ce que c´est à une personne étrangère. Il faut venir ici pour voir comment c´est impressionnant.

© Nicolas Deltort
Toi aussi tu le vis avec la même passion que les gens dans les tribunes et cela se voit quand tu marques un but...
Oui, que je marque sur penalty ou du cul je célèbre avec mon âme, je donne tout car marquer est ce qu´il y a de plus beau. Il faut apprécier l´importance des buts.
Et marquer dans un Superclasico élève un joueur au rang d´idole pour la vie non ? Totalement. Tu sais, ces matchs Boca-River sont plus qu´un simple match de foot. Les deux clubs te donnent la possibilité de vivre des sensations uniques. Il y a une telle rivalité entre les supporters. Ceux-ci s´en régalent d´ailleurs. C´est un match qui se vit toute l´année et avec beaucoup d´intensité, qui devient énorme de la part des médias à partir d’une semaine avant le match et jusqu’à une semaine après aussi. Je suis reconnaissant et orgueilleux de pouvoir évoluer dans un tel cadre.
Le dernier Superclásico tu l’as même joué blessé, non ?!
Oui et cela a été difficile, mais je voulais jouer coûte que coûte car on ne peut pas manquer ce match là. Peu importe si j´ai aggravé ma blessure et d'avoir été blessé pour les deux prochains matches.
La passion autour de ces supers derbies est souvent démesurée voire à la limite de la violence, non ?
Oui c´est trop, tu ne peux pas imaginer. Chaque fois que l’on va à la Boca, notre bus est pris à parti et c´est la routine de se cacher sous nos sièges pour éviter les débris de glasses et les pierres qui volent...
Pour finir, pourquoi te surnomme t´on El Muñeco, c’est à dire le poupon ?
Quand j´ai intégré l´équipe professionnelle de River à l´age de 15 ans j´étais petit et j´avais le visage d´une poupée alors on m´a surnommé ainsi. Et en Argentine quand on te donne un surnom, il te suit toute la vie!
Nicolas Deltort (ActuFoot06, N°200 – 31/03/2006)