Sacré Marius (suite et fin)
suite interview Marius Tresor :

En tout cas vous gardez un bon souvenir des détails de votre carrière. Avez-vous souvenir d'un match au stade Lénine de la CFA de Malakoff en banlieue parisienne sur un stade stabilisé ?
Oui bien sûr, je m'en rappelle, c'était un match amical avec Ajaccio, en plus il faisait froid ! Ce n'est pas aujourd'hui qu'une équipe de D1 ferait cela car au minimum ils organisent des amicaux contre des L2 ou équipes étrangères du même calibre. Je ne sais plus pourquoi nous avions joué cet amical là bas par contre. Certainement car nous avions un match ensuite à Paris.
Et du seul match de votre carrière que vous avez du jouer en baskets ?
Ah ça c'était aux Etats-Unis avec l'équipe de France. Nous avions gagné 6-0 sur un synthétique et c'était la 1e fois que je jouais sur ce genre de surface. Ce n'était pas du tout les mêmes appuis et je m'étais dit que si tous les stades étaient comme ça là bas, cela ne valait pas la peine de venir y jouer un jour ! Aujourd'hui les synthétiques sont bien meilleurs et on peut tacler sans se brûler comme avant.
Justement en parlant de tacle, lors des premiers matches de Basile Boli en sélection, des commentaires sur ses tacles glissés " à la Marius Trésor " laissaient deviner aux supporters ne vous ayant jamais vu jouer que ce geste était une de vos marques de fabrique…
(rires) Oui, je l'utilisais beaucoup comme je vous l'ai déjà dit et je l'ai naturellement appris. Quand j'étais gosse en Guadeloupe, le grand frère d'un de mes potes revenait de France où il avait vu ce geste technique et l'apprenait alors à son petit frère qui avait environ mon age. Je les regardais faire depuis le bord du terrain et le geste m'a de suite plu. Avant de jouer avant-centre, j'avais quand même été formé comme stoppeur et je me suis dit qu'il fallait bien apprendre ce geste car cela pouvait servir. A mes débuts à la Juventus de Sainte-Anne je le faisais déjà très bien puis j'ai joué un an et demi attaquant avant de rejoindre la Corse. Une fois à Ajaccio, l'entraîneur pro Albert Muro demanda au cours d'un entraînement si un gosse voulait jouer derrière. J'ai été le seul à lever la main. Après, Albert m'a dit " Toi tu vas rester derrière ".
En tant qu'ancien défenseur, êtes-vous satisfait de voir Canavaro probablement obtenir le Ballon d'Or ?
Bien sûr. Même si cela me fait un peu mal pour Thierry Henry qui n'a jamais eu cette distinction. Que ce soit un défenseur qui l'ait cette année est un juste retour des choses car c'est un footballeur comme les autres. A chaque fois c'était un attaquant ou un milieu offensif qui était désigné et je ne trouvais pas cela normal.
Finissons avec une série de petites questions si vous le voulez bien ?
Ok.
Vos amis dans le football ?
Patrick Battiston et Jacques Vendroux. Ce sont des amis sincères et fidèles. Il y en a beaucoup d'autres et s'il fallait tous les citer, la liste serait longue.
Pire souvenir à part Séville ?
Ma première opération en 1977 qui m'avait éloigné cinq mois des terrains. Elle devait traiter une supposée hernie inguinale. J'avais en fait seulement un déplacement du bassin que j'ai réglé par la suite avec un chiropracteur. Mais l'opération a eu des répercussions néfastes sur le reste de ma carrière.
Meilleur souvenir ?
C'est toujours très difficile d'en ressortir un. Cela a été tellement vite! Je dirais ma 1e sélection en A.
Le stade ?
Le Maracaña
L'adversaire le plus coriace ?
Gerd Muller mais aussi Skoblar et Lacombe.
Le joueur le plus fair-play ?
Alain Giresse.
Le plus tricheur ?
Il n'y en avait pas.
Le plus vicelard mais dans le bon sens du terme alors ?
Delio Onnis. Il fallait toujours l'avoir à l'œil car il ne payait pas de mine, mais tu t'apercevais à la fin du match que c'était souvent 2-0, deux buts d'Onnis !
La bête noire ?
Gerd Muller encore. Je ne l'ai pas joué souvent mais s'il devait y en avoir un cela serait bien lui.
Le plus déconneur à part Marius Tresor ?
(rires) J'aimais bien partager des moments avec Michel Platini.
Le plus ronfleur ?
Ah je ne sais pas car la nuit moi je dors ! J'étais seul la plupart du temps mais si vous demandez à un autre qui était la chambre à côté, peut être il vous dira Marius Tresor ! (rires)
Le plus râleur ?
Bernard Lacombe. Quand il y avait un petit jeu à l'entraînement il était le mec qui ne voulait pas perdre.
Le meilleur joueur de cartes ?
Il y en avait tellement…C'était notre passe temps favori. Au tarot, Platini se débrouillait bien et il avait ce truc qu'il disait souvent : " Quand on ne sait pas jouer au tarot, on ne peut pas être un bon joueur ". Car si on ne maîtrisait pas la stratégique des cartes on ne pouvait pas maîtriser celle du terrain !
Le plus fêtard ?
Paulo Cesar. Il ne buvait pas mais il aimait bien sortir. Il était célibataire alors que " Jaïr " c'était différent car il était venu avec sa fiancée du Brésil.
La plus belle équipe ?
Le Bordeaux 1982. L'équipe était bien rodée et il y régnait une superbe ambiance.
Le résultat le plus inattendu ?
Bordeaux contre Hajduk Split en coupe de l'UEFA. Nous avions perdu 4-1 à Split avant de gagner 4-0 au retour.
Le meilleur match ?
Mon dernier match en Espoir avant qu'on m'appelle en A. C'était à Starazagora en Bulgarie où en fin de match les gens m'avaient offert des fleurs. Cela m'avait vraiment marqué. Le responsable des Espoirs, Henri Guérin, avait eu Mr Boulogne de la sélection A au téléphone après ce match. Ce dernier voulait savoir si il y avait parmi les Espoirs un défenseur méritant de venir en A. Henri lui donna mon nom.
La plus belle boulette ?
On fait toujours des erreurs mais je vais vous raconter une chose. Quand j'étais à Marseille il y avait un journaliste, René Voléri, pour qui il ne fallait pas qu'on me passe une seule fois dans le match. Mais Trésor, il n'était pas impassable ! Et quand cela arrivait de me faire déborder, René le prenait comme une erreur. Cela m'a longtemps suivi et cela a voyagé aussi. Car après si on me passait, les gens disaient " Ah c'est bon il a fait sa boulette ça va aller ".
Une vraie boulette alors ?
Contre Nîmes avec l'OM. Je rate le ballon et derrière moi Michel Mezy le contrôle de la poitrine avant de faire mouche en reprise de volée. On perd 1-0 donc on peut dire que cela était de ma faute.
La contre performance ?
Notre élimination en Coupe de France avec Marseille à Béziers en 32e. Nous étions largement favoris. L'entraîneur bittérois était Joseph Bonnel qui s'était fait viré de l'Olympique de Marseille quelques temps auparavant.
L'injustice ?
1982 avec le dénommé Corver*. Je ne l'oublierai jamais celui là…
(*arbitre de la ½ finale de coupe du monde)
Votre équipe favorite ?
Les Girondins d'abord ! Bien sûr. Mais j'ai une équipe où j'aurais bien aimé jouer pratiquement dans chaque pays. Arsenal, le Bayern (rires), l'Ajax, Barcelone et la Juventus qui était le nom de mon équipe en Guadeloupe.
L'anecdote ?
C'était avec l'OM pour un match où l'on jouait le titre à St-Etienne. Nous avions rendez-vous au Vélodrome à 15h et nous attendions Paulo Cesar.15h…15h30…puis 16h, toujours pas de Paulo César. Nous sommes parti, puis en route on voit une voiture nous doubler puis le bus s'arrête. Il y avait un mec au bord de la route et on le voit monter. C'était Paulo qui avait complètement oublié qu'on avait un match très important et qui était parti à la plage jouer au volley. Sur le terrain ensuite on avait moins rigolé puisque on avait perdu 4-1 !
Finalement, le Marius d'aujourd'hui il a gardé ce sourire et cette bonne humeur légendaire qu'on lui connaissait en tant que joueur ?
Mais il n'y a pas de raison que cela change…
Merci Monsieur Trésor, un vrai plaisir et à bientôt
Merci, pas de problème.